Refermer le menu

L'innovation au service de l'agriculture

infos pratiques
L'innovation au service de l'agriculture
Accompagner des projets innovants dans le secteur agro-alimentaire tel un incubateur, c'est ce que le Food Innovation Center s'adonne à faire, à Portland aux Etats-Unis. Rencontre avec Michael Morissey, enseignant et directeur du Centre, qui sera présent pour en parler lors de la conférence Nouvelles valeurs Nouveaux Territoires de la Grande Jonction.
SDBX4 : Michael Morissey, pourquoi avoir lancé ce projet ? Quel était le constat de départ ?
 
Michael Morissey : Au milieu des années 1990's, l'Oregon et plus généralement le Nord-Ouest Pacifique, était reconnu pour son engagement concernant les ressources naturelles et l'agriculture. Cependant, aucun réel effort n'avait été fait concernant des produits haut de gamme ou pour un programme bien organisé sur des produits à haute valeur ajoutée de notre région.
 
Le Nord-Ouest Pacifique est une région à l'agriculture très diverse, avec plus de 200 cultures réparties sur un large pan de zones climatiques. Le Centre d'Innovation Alimentaire s'est développé en vue de travailler avec les entreprises agro-alimentaires de la région et de soutenir l'innovation alimentaire et l'entrepreneurait. Le projet du Centre a débuté en 2000.
 
In the mid 1990’s, Oregon and the Pacific Northwest was recognized for its commitment to natural resources and agriculture but did not have a strong effort for branded products or a well-organized program in value-added products coming from the region. 
 
The Pacific Northwest is a very diverse agricultural region with over 200 crops being grown in a wide array of climatic zones. The Food Innovation Center (FIC) was developed to work with food and agricultural enterprises in the region and support food innovation and entrepreneurism. The FIC began its program in the year 2000.
 
SDBX4 : Comment a été accueillie globalement cette idée au départ ? Le monde de la recherche n’a-t-il pas été perplexe au lancement ?
 
Michael Morissey : Le Centre d'Innovation Alimentaire était un nouveau concept. L'idée originale est venue du Doyen du College des Sciences Agricoles de l'Université de l'Etat de l'Oregon et du Directeur du Département d'Etat d'Agriculture. Le Centre a donc allié les forces de l'université, notamment la recherche et la proximité, ainsi que les points forts du département d'Etat d'Agriculture et particulièrement le marketing. 
 
Ils ont aussi décidé de construire le Centre dans une zone majoritairement urbaine (à Portland) où se situent entreprises et commerces. En étant à Portland, le Centre aide à concentrer l'attention sur l'alimentation et l'agriculture dans une grande zone urbaine qui élargit le nombre de parties prenantes et permet de promouvoir le changement gardant en tête l'importance de l'alimentation en incluant un volet social et économique comme c'est le cas pour la nourriture et le bien-être. 
 
Le concept a bien été reçu par le public vu qu'il y a un intérêt grandissant concernant le développement économique et la création d'emplois dans le secteur agro-alimentaire. L'Université a pris une nouvelle direction, étant donné que le programme est moins basé sur la recherche (bien qu'une grande partie demeure) et davantage sur l'incubation d'entreprises.
 
The Food Innovation Center was a new concept.  The original idea came from the Dean of the College of Agricultural Sciences at Oregon State University (OSU) and the Director of the Oregon Department of Agriculture (ODA).  The FIC combined the strengths of the university, particularly research and outreach, along with the strong points of the State-run Department of Agriculture, especially marketing.  
 
They also decided to build the Center in a major metropolitan area (Portland) where many of the businesses and markets are.  By being in Portland, the Center helps to focus food and agriculture in a major urban area which expands the stakeholder base and helps foster the shift in thinking about the importance of food and include a social and economic context as well sustenance and well-being.  
 
The concept was received well by the public as there is a growing interest in economic development and job creation around food systems.  It was a different direction for the university as the program is less research-based (although that is still an important element) and more focused on directly helping businesses.
 
 
SDBX4 : Quel est précisément le concept du Food Innovation Center ? Quels en sont les enjeux ?
 
Michael Morissey : Le Centre d'Innovation Alimentaire est une coentreprise unissant le Collège des Sciences Agricoles de l'Oregon et la section Marketing et Développement Economique du Département d'Etat d'Agriculture. Elle fonctionne à différentes échelles, des start-ups aux multinationales. Le concept repose sur de l'assistance technique dans l'élaboration d'ingrédient, l'étiquettage, les tests sensoriels, les analyses économiques, les technologies innovantes comme l'expertise marketing à l'échelle locale, nationale ou internationale. Le principal intérêt réside dans le travail avec des entrepreneurs de l'alimentaire en les assistant dans leur développement de produits sains et sûrs pour le marché. Le Centre est aussi le siège des programmes innovants comme le “Farm-to-School”, qui promeut l'éducation et l'usage de produits locaux dans le milieu scolaire.  
 
The FIC is a joint venture between OSU College of Agricultural Sciences and ODA division of Marketing and Economic Development.  It works on several levels from start-up companies to international brands.  It provides technical services in ingredient formulation, labelling, sensory testing, economic analysis, innovative technologies as well as marketing expertise at the local, national and international level.  Of special interest is the work with food entrepreneurs in assisting them develop safe and wholesome products for the marketplace.  The FIC is also home to innovative programs such as the Farm-to-School program which promotes education and utilization of local foods in the school system.
 
SDBX4 : Quel est l'intérêt d'un tel projet aujourd'hui dans le secteur alimentaire ? Quelle est la philosophie du centre ?
 
Michael Morissey : Assez simplement, le but général est de fournir un programme intégré à la recherche, à l'assistance technique et à la proximité pour améliorer la capacité régionale concernant l'innovation dans les secteurs de l'agriculture et de l'alimentation. L'objet principal est de promouvoir le développement économique à travers la création d'emplois et le développement des marchés dans le secteur privé. Même s'il est difficile d'identifier une philosophie, il y a une reconnaissance dans le fait que l'alimentaire fait le lien entre plusieurs secteurs sociétaux :  urbain/rural, conservateur/libéral, jeune/vieux, innovant/traditionnel etc... L'alimentation est un dénominateur commun qui créé une connection avec le corps et l'esprit tout en fournissant une feuille de route économique pour satisfaire les modes de vie.
 
Quite simply the overall aim or goal is to provide an integrated program of research, technical services, and outreach to enhance the regional capacity for innovation in the agricultural and food sectors.  The general purpose is to promote economic development, through job creation and expansion of markets, in the private sector.  While it is hard to define a philosophy there is a recognition that food is a bridge between many sectors of society, urban-rural, conservative-liberal, young-old, novel-traditional, etc.  Food is a common denominator that makes a connection with the body and the soul while providing an economic roadmap to successful life-styles.
 
SDBX4 : Le projet repose sur une base importante de testeurs. La ville de Portland est reconnue pour sa culture de la nourriture et du goût. Personne ne peut oublier par exemple que le concept de Food Truck est né à Portland. Le monde entier observe Portland qui depuis plus de 20 ans a mis le citoyen au cœur de la ville. Ce projet pourrait-il se développer ailleurs ?
 
Michael Morissey : Si Portland est assez atypique dans son approche “lifestyle” et comment cela s'illustre, il y a beaucoup d'éléments qui peuvent se reproduire dans d'autres villes (c'est déjà arrivé) voire à d'autres pays. Durant les deux dernières décennies, il y a eu une révolution aux Etats Unis à propos de  notre approche à la nourriture. C'est arrivé dans plusieurs régions du pays mais je pense tout aussi bien à l'Europe. Nous abordons la nourriture pas seulement comme un élément nourricier mais aussi, contribuant à l'évolution des modes de vie. Nous sommes ouverts aux nouvelles expériences culturelles et à l'innovation dans l'alimentation traditionnelle. Il y a 25 ans, les mots tels que “durable”, “commerce équitable”, “systèmes alimentaires, “naturel” n'étaitent pas dans le lexique de l'alimentaire. Ils sont aujourd'hui des mots courants qui permettent notamment de dérouler le fil en commençant à partir du producteur et des machines de fabrication, jusqu'au consommateur. 
Tandis que la nourritture est au centre de ce qu'on est souvent en train de chercher, l'enver du décor reste une partie importante du fondement de notre approche : la manière dont nous nous développons, nous récoltons, nous procedons et présentant les produits aux consommateurs. Pourtant, ce n'est pas nécessairement un nouveau concept. Cette dimension lui a donné une nouvelle signification pour la promotion d'un système alimentaire brillant pour une région.
 
While Portland is somewhat unique in its lifestyle approach and how this is managed, there are many elements that can be transferred to other cities (this is already happening) and other countries as well.  There has been a revolution in the US in the last 2 decades regarding our approach to food.  This has happened across many areas in the country and I suspect in Europe as well.  We approach food no longer for only for nourishment but also for improved ways of living. We are open to new cultural experiences and to innovative presentations and ideas of traditional foods.  Where words such as ‘sustainable’, ‘fair-trade’, ‘food-systems’, ‘natural’ were not in the food lexicon twenty-five years ago these are now common terms especially when relating stories from the producer and processor to the consumer.  While food is at the center of what we are often seeking, the story behind the scenes is an important part of the foundation of our approach how we grow, harvest, process and present the food to the consumer.  While this is not necessarily a new concept, its importance has given it new meaning to promoting a successful food-system for a region.
 
SDBX4 : Quels sont les fondamentaux, les clés à ne surtout pas oublier pour lancer un tel projet en Europe par exemple ? 
 
Michael Morissey : Il y a beaucoup d'excitation autour de le l'entrepreneurat alimentaire dans la région de Portland. C'est important qu'un environnement existe et qu'il encourage l'entrepreneuriat pour que les start-ups prospèrent. Même s'il y a eu beaucoup de publicités faites sur la culture du “food-truck” à Portland, nous n'aurions pas eu autant de succès sans cette attitude du “on peut le faire” et un environnement règlementaire propice à de nouvelles entreprises d'alimentation et de boissons créant une forte emprise dans tout le Nord-ouest Pacifique. 
 
Je veux dire par là que cela a pris ces origines dans l'industrie naissante du vin et de l'accroissement des vignobles avec l'introduction du pinoit noir il y a 50 ans, et les péripéties suivantes ont été en rapport avec le territoire et la région jusqu'au produit final, et bien sûr, avec des entreprises prospères. Aujourd'hui, il y a 300 entreprises vinicoles. 
 
Depuis plus de 25 ans, les brasseries artisanales se sont largement développées avec plus de 170 entreprises dans le secteur implantées sur le territoire grâce à la législation de l'Etat et d'autres régulations qui les ont guidées en leur montrant comment de petites structures pouvaient survivre et même grandir. Les entreprises alimentaires locales ont progressé en parallèle avec le commerce des fermiers et le début des food-trucks et notamment dans les zones urbaines. Cela a permis une approche à bas coût pour les entrepreneurs de l'alimentaire qui ont pré-testé leurs produits sur le marché, attendant un retour des consommateurs et une croissance de leur entreprise. Les sous-traitants, entreprises engagées à créer d'autres produits alimentaires que les leurs, ont été prêtes à travailler sur de nouveaux projets. Au même moment, le Centre avait commencé à offrir une assistance technique. Des cuisines industrielles ont été largement demandées et ont diversifé les opérations. Aussi bien les investisseurs et les opérations de ventes de produits ont commencé à prendre part à l'incubation de start-up spécialisée dans l'alimentation. Il y a eu aussi un certain degrés d'énergie et de camaraderie entre les entrepreneurs du secteur qui ont aidé d'autres structures à survivre face aux temps difficiles en les faisant décoller. 
 
Bien que tous ces éléments ne soient pas essentiels pour commencer un projet d'incubateur d'entreprises alimentaires en Europe, il y a des politiques et des programmes qui peuvent contribuer à l'essor d'un esprit d'entrepreneurat et d'innovation grâce à la ville et aux gouvernements des états mais aussi les institutions d'éducation. 
 
There is a lot of excitement around food entrepreneurship in the Portland area.  It is important that an 
environment exists that fosters entrepreneurship for start-up businesses to be successful.  While there has been much publicity about the culture of ‘food-carts’ in Portland, this would not have been successful unless there was a ‘can-do’ attitude and a regulatory climate that helped new food and beverage businesses create a strong foothold throughout the Pacific Northwest.  
 
I would say that it had its beginnings 50 years ago in the nascent wine industry and the growth of vineyards and introduction of pinot noir, stories relating the land and the region to the final product, and of course the successful businesses – now > 300 wineries.  The craft brewery business followed over the past 25 years with >170 craft breweries in the state aided by the State legislature and other regulations that helped show how small businesses could survive and even grow.  The small-scale food business grew in parallel with farmers’ markets and the onset of food carts, especially in the metropolitan areas.  These provided a low-cost approach for food entrepreneurs to test market their products, receive feedback from the public and grow their business.  Co-packers, companies willing to process other food products than their own, were ready and willing to take on new projects.  At the same time, the FIC was beginning to give technical assistance, commercial kitchens were in high demand and expanding their operations, and both investors and food retail operations began taking an interest in incubating start-up food companies.  There is also a certain degree of energy and comradery among food entrepreneurs that has helped start-up companies survive difficult times in getting a business off the ground.  While all of these elements may not be essential for starting a food-hub center in Europe there are policies and programs that can begin to foster a culture of entrepreneurism and innovation through city and state governments and educational institutions.
 
SDBX4 : Quels sont les dangers qui guettent la pérennité d’un projet comme le Food Innovation Center ?
 
Michael Morissey : Le budget – Environ 50% du budget du Centre d'Innovation Alimentaire vient actuellement de l'Université (et de l'Etat). Ce Centre, comme les autres, ont été soumis à des contraintes financières difficiles durant la crise financière entre 2008 et2011. Le budget sera toujours un grand sujet pendant l'incertitude financière.
 
Les partenariats – Il est aujourd'hui difficile pour une structure de tout faire. Les partenariats sont la clé dans la réussite du programme, qu'ils soient public-public ou public-privé. Quels sont les missions du secteur public en aidant les entreprises à s'implanter dans le secteur alimentaire ? Quels partenariats renforceront le programme de promotion des entrepreneurs ? Comment pouvons-nous compléter nos activités plutôt que d'être en concurrence entre chacun de nous ?
 
Chaos – Travailler avec des entrepreneurs est toujours un challenge amusant. Souvent, des choses imprévisibles arrivent et le résultats sortent des sentiers battus. Faire comprendre aux entrepreneurs que le génie et l'innovation correspondent à 90% de transpiration et 10% d'inspiration est primordial à leur succès et à la réussite du Centre.
 
Règlementations – Aujourd'hui même, il y a une atmosphère positive dans l'aide apportée aux petites entreprises, cependant, il suffit de peu de choses pour trop réguler un bon projet.
 
Budget - About 50% of the FIC budget currently comes from the university (and the state).  The FIC and other Centers were under difficult financial constraints during the fiscal crisis 2008-2011.  Budget will always be a concern during fiscal uncertainty.
 
Partnerships – it is difficult for one unit to do all and partnerships are key to successful programs, whether they are public–public or public-private.  What are the roles for the public sector in helping businesses get started in the food area?  What partnerships will strengthen the program to foster success of entrepreneurs.  How do you compliment your activities rather than compete against each other?  
 
Chaos – working with entrepreneurs is always a fun challenge.   Often unpredictable things happen that can make things go off-track.   Getting entrepreneurs to realize that genius/innovation is 90% perspiration and 10% inspiration is critical to their success and the success of the FIC.  
 
Regulations – right now there is a positive atmosphere for helping small businesses, however, it doesn’t take much to over-regulate a good thing.  

AddThis Sharing

Hide
Show