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Emmanuel Davidenkoff : "La machine ne remplacera jamais l'envie d'apprendre".

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Emmanuel Davidenkoff : "La machine ne remplacera jamais l'envie d'apprendre".
Le mercredi 15 octobre, l’école de demain sera à l’honneur dans la Semaine Digitale. Nous sommes allés à la rencontre d’Emmanuel Davidenkoff, directeur de la rédaction de L’Etudiant, chroniqueur sur France Info depuis 1997 et expert des nouvelles formes d’apprentissage et de l’éducation. Cette interview fait suite à la sortie de son ouvrage Tsunami Numérique, paru aux éditions Stock.
Entretien réalisé à Paris dans le bureau d’Emmanuel Davidenkoff le 17 juin 2014.

L’usage des tablettes, la possibilité de personnalisation et d’individualisation plus forte, les progrès des systèmes interactifs : assiste-t-on  au début d’une nouvelle étape dans l’enseignement assisté par le numérique ?
 

Désormais, nous avons des outils qui permettent de tracer de manière bien plus personnalisée.  La formation s’adapte et est liée en cela à l’évolution des puissances de calcul des machines. Le numérique n’invente pas les possibilités de travailler en groupe. C’est simplement la taille du groupe qui a changé. Des enfants ont la possibilité de chercher ensemble des solutions, de communiquer, d’échanger. C’est une évolution considérable. Il y a un changement de degré indéniable mais il est trop tôt pour dire si cela va changer la nature intrinsèque de l’éducation.

La machine va-t-elle supprimer l’enseignant ?



Non seulement la machine ne va pas supprimer l’enseignant mais elle va certainement nous demander d’en avoir davantage. Exemple d’un cours au MIT de Boston avec des étudiants de 18 ans : "C’est un cours sous forme de MOOC avec un professeur avec ses étudiants pendant deux heures". En arrivant dans la classe, il connait très exactement les points de compréhension et les faiblesses de ses étudiants. Il doit reprendre en 15 minutes environ les points à renforcer. Puis il consacre le temps qui lui reste, à faire travailler ensemble les étudiants sur des problèmes et questions posées. Imaginez des écrans partout dans la salle et la possibilité d’écrire et partager ses raisonnements sur les murs. A ce moment du cours, 5 enseignants assistants entrent dans la salle de classe et vont être là pour constater les itinéraires de raisonnement des étudiants. C’est le souci d’individualisation.

La machine sait corriger des copies et faire répéter inlassablement des tables de multiplication. Elle le fait même très bien. Mais elle ne connait pas les nuances de l’être humain, la prise de risque, la capacité à être en interaction et être créatif, à innover. La machine ne peut pas comprendre la société dans laquelle nous vivons. La machine ne remplacera jamais l’envie d’apprendre, de transmettre, de faire plaisir.

Il semble que l’innovation liée au numérique soit plus aisée dans le premier degré. Êtes-vous d’accord ? Existe-t-il des raisons particulières à cela ?



Je suis d’accord. Le professeur des écoles, au 1er degré, a la main sur la construction pluridisciplinaire de sa semaine. Au 2ème degré, il faut parler avec ses collègues, c’est un peu plus complexe. Historiquement, le 1er degré a toujours porté une notion d’innovation pédagogique. N’oublions pas également qu’une école, c’est petit. Et cette taille réduite permet l’équipement, l’action, la relation de proximité avec les parents. Tout cela permet l’expérimentation. Autre facteur clé : les machines qui sont mûres pour le 1er degré car nous ne sommes pas encore dans le registre bien plus complexe de l’Intelligence Artificielle.  Au 1er cycle, apprendre devient un jeu. Les enfants d’ailleurs apprennent sans s’en rendre compte, ce qui pourrait constituer un problème par la suite dans l’évolution vers les degrés supérieurs.

La ville de Bordeaux fait de l’apprentissage des langues un thème clé dans sa nouvelle approche de l’e-éducation. Le numérique peut-il faciliter le rapport de nos enfants à la langue étrangère ?


Une notion très importante dans l’apprentissage des langues étrangères est celle de l’immersion. L’élève ne doit pas apprendre n’importe comment une langue. Pour cela il n’y a pas forcément besoin du numérique. En revanche, on apprend quand on a de vraies raisons d’apprendre. Le numérique permet de donner cette envie.

En quoi est-il intéressant de voir une expérimentation in vivo comme à Bordeaux avec des classes connectées ? Comment est-il possible de dupliquer ce type d’expériences ?



Une expérimentation à l’échelle d’une ville comme Bordeaux est passionnante à observer. Si cela marche, cela montrera la possibilité de sa duplication partout ailleurs. Beaucoup de réformes se déroulent en dehors des sphères établies et nationales. Le numérique peut gagner si l’on montre des expériences réussies sans donner de leçons, en partageant les enseignements et le succès.
Il y a aussi un point fondamental qui réside dans le dialogue avec les enseignants. N’oublions pas non plus que la créativité, le travail en équipe, la manière de penser autrement, l’approche de la disruption… tout cela peut s’apprendre sans le numérique tout en ayant les deux pieds ancrés dans la société numérique qui nous entoure. Il faut inviter les enfants à devenir acteurs et experts du numérique et non pas esclaves du numérique !

L’homme ne peut rien faire contre un tsunami. Et pourtant dans votre livre, on note quelques messages et idées qui donnent de l’espoir. Qu’entendez-vous par ce titre « Tsunami numérique » ?



J’ai emprunté cette expression au président de Stanford qui en parlait dans un livre sorti il y a quelques années. Cette image peut sembler mortifère car nous avons tous en mémoire la catastrophe de Fukushima. Mais l’image du tsunami a aussi une connotation de renaissance et de monde nouveau dans la culture japonaise. Le tsunami est une vague, et on peut être au-dessus. Il faut qu’en France, on surfe sur cette vague gigantesque qui est en train de déferler. Il le faut pour préparer la croissance de demain et les jeunes aux métiers de demain. La connaissance sera le pétrole du 21ème siècle. La connaissance sera un levier de production de richesse destiné à créer du bien-être, de la cohésion sociale etc… Rappelons qu’en France, nous sommes très bien placés avec nos entreprises, nos ingénieurs, et nos expériences comme celle menée à Bordeaux.


Le live-tweet book de "Tsunami numérique"


Emmanuel Davidenkoff est l’auteur de « Tsunami numérique » paru aux éditions Stock. Nous vous en proposons ci-dessous le LT Book.  Un LT Book est une approche innovante et transmedia de donner envie de se plonger dans un ouvrage à travers une prise de note partagée sur Twitter et renforcée par des ressources complémentaires pour aller plus loin.

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